Avr 28 2009

Interview Samuel Blanc

Publié par à 13:09 dans Interviews de photographe

Bébé Phoque de Weddell agé de deux jours en Terre AdélieBébé Phoque de Weddell agé de deux jours en Terre Adélie– Bonjour Samuel, merci d’avoir répondu si rapidement à mon invitation, je vous laisse le soin de vous présenter (rapidement)
Bonsoir, j’ai 30 ans et réside proche de Grenoble en Isère. Je suis passionné de nature depuis mon plus jeune âge et plus particulièrement des vertébrés (oiseaux, mammifères) et travaille en tant que guide naturaliste dans les régions polaires.

– Avez-vous eu un déclic qui vous as orienté vers ce métier et ces régions lointaines et froides?
Je me souviens avoir été marqué petit par les émissions de Cousteau, de Hulot et autres émissions « intéressantes » 😉 (fortement aiguillé par mes parents), la Nature m’a donc passionné, envouté je dirais même. J’ai pu effectuer quelques voyages dans le cadre de ma première activité professionnelle à la LPO (Ligue pour la Protection des Oiseaux), puis la rencontre d’un ami rentrant de Terre Adélie pour une mission scientifique m’a mis la puce à l’oreille, j’ai tenté ma chance… Depuis je suis atteint d’une maladie incurable : le virus polaire.

Glacier en Terre Adélie

– Depuis votre première visite des pôles à aujourd’hui, avez-vous remarqué une réelle évolution des conditions naturelles (dépeuplement de certains animaux, modifications climatiques)? Quel regard apportez-vous à ce sujet, vous qui avez la chance d’être « sur place »?
Je dirais non ! Les constatations sur les modifications du climat sont issues de données récoltées depuis plusieurs dizaines d’années. Il n’est pas possible en moins de 5 ans selon moi de tirer des conclusions quand tant de paramètres sont en jeu. Mes quelques déplacements ne me permettent pas de remarquer cette réelle évolution. En revanche des témoignages de scientifiques, des publications ou autre le montrent maintenant tous les jours.
Mon regard sur ce sujet est plutôt grave, je trouve la situation en Arctique dramatique au vue de la rapidité des évènements et surtout des réactions de la communauté internationale. Celle-ci ne semble pour le moment intéressée que par les 1/4 de réserve mondiale de pétrole que détient l’Arctique plutôt que par toute autre considération sociale ou écologique. A croire que l’on ne tire toujours pas les conséquences de nos erreurs du passé !

– Faut croire en effet 🙁 Comment se déroule une mission type? Pouvez-vous nous raconter un épisode récent afin qu’on puisse mieux apprécier votre activité dans le domaine de la photographie naturaliste ?
En fait, jusqu’à maintenant, je n’ai pas fait de « mission photo ». Je pratique la photo sur place car j’ai la chance d’y être et il y a de quoi faire dans ce domaine. Ma première mission a été dans un cadre scientifique et les suivantes jusqu’à ce jour, plus en terme d’encadrement pédagogique et touristique.
Mirage et arrivée des Manchots empereurs en Terre AdélieMirage et arrivée des Manchots empereurs en Terre AdélieCouple de Pétrels des neiges en pleine paradeManchot papou sur son nid sur l'Ile Cuverville en Péninsule AntarctiqueManchot papou sur son nid sur l’Ile Cuverville en Péninsule Antarctique
– Quel matériel utilisez-vous? Y a t-il des précautions particulières à prendre lorsque l’on travaille dans un climat qui peut s’avérer très hostile (froid, blizzard…) ?
Alors j’ai travaillé avec la gamme Canon du EOS 350D à mes débuts au 5D mark II maintenant avec comme optique 70-200mm f4 IS, 300mm f4 IS, 17-40mm, 50mm et fisheye.
Les précautions ? Avoir plusieurs batteries dont certaines bien rangées au chaud dans les gants, les sous-vêtements (si si…), garder autant que possible le boitier au chaud lui aussi. Éviter les changements d’objectifs lorsqu’il y a du vent afin de ne pas « salir » l’intérieur (capteur notamment). Éviter encore les brusques changements de températures, le matériel (et surtout l’électronique) n’aime pas passer de -15°C à +20°C (problèmes de condensation).

– Certains animaux sont-ils plus difficiles à approcher que d’autres? Quel est votre technique d’approche?
Les animaux dans les régions polaires ne connaissent pas l’Homme en tant que prédateur, vous pouvez ainsi vous retrouver avec des manchots qui marchent entre vos jambes…. Les animaux les plus durs à approcher reste les oiseaux de mer dans l’Océan austral notamment ou encore les baleines. Certaines au contraire peuvent sembler peu farouches mais mieux vaut ne pas trop s’en approcher de trop près (ex: éléphant de mer de 3 tonnes ou Léopard de mer). Et puis peu farouche et ne semblant pas être déranger ne veut pas dire justement que l’on ne dérange pas, il faut trouver le juste milieu.
Aurore australe au coeur de l'hiver antarctique en Terre AdélieAurore australe au coeur de l’hiver antarctique en Terre AdélieCoucher de soleil de début d'hiverCoucher de soleil de début d’hiverIceberg à Neko Harbour en Péninsule AntarctiqueLever de lune en Terre AdélieLever de lune en Terre Adélie
– S’il y avait un ou deux moments d’émotion qui vous venait à l’esprit quels seraient t-ils?
Toujours difficile de répondre, mais je dirais les aurores australes pendant des heures dans la nuit polaire et hivernale antarctique, la mise bas d’une femelle de Phoque de Weddell juste sous mes yeux, la saison passée avec les Manchots empereurs, ou encore le lever du jour dans le Chenal Neumayer en Péninsule Antarctique. Zut ça fait 4 là non, j’ai le droit ? 😉

– Oui ça fait rêver 🙂 Quels sont vos projets pour cette année?
Je pars cet été en Arctique (Svalbard et Islande) pour travailler en tant que guide naturaliste pour des agences de voyage.
Plage de Gold Harbour en Géorgie du SudPlage de Gold Harbour en Géorgie du SudLa seconde plus grosse colonie au monde de Manchots royaux (150 000 couples) en Géorgie du SudLa seconde plus grosse colonie au monde de Manchots royaux (150 000 couples) en Géorgie du SudFemelle de Phoque de Weddell avant la mise bas en Terre Adélie
– Utilisez-vous régulièrement internet ?
Oh oui trop sans doute, c’est devenu mon outil de travail, mais j’y vois surtout l’occasion parfaite de faire partager tout cela : partager, faire connaître = sensibiliser
En revanche quand je pars, les accès sont très limités voir nuls !

– Quels sont les sites que vous fréquentez quotidiennement ?
Clubic, Facebook, Google Actu, France Nature Environnement, IAATO, Antarctic Treaty, Australian Antarctic Division, PhotoBenelux et… la carte des glaces

– Exposez-vous votre travail actuellement? Avez-vous été publié?
Manchot Adélie en Terre AdélieManchot Adélie en Terre AdélieAlors j’ai une exposition intitulée « Êtres et lumières d’Antarctique » qui ont été exposées le week end dernier au festival de l’oiseau et de la nature en Baie de Somme. Plusieurs de mes photos ont déjà été publiées en effet : Science & Vie, un livre chez Delachaux, revue allemande et suédoise, terres australes et antarctiques françaises, Journal of Biogeography.

– Cette interview touche à sa fin, je vous laisse le dernier mot, probablement un message à faire passer aux lecteurs du blog?
Oui un message, il est urgent de changer nos façons de « faire » et de l’imposer par nos actions et notre consommation aux grands groupes industriels et politiques car on va vraiment vers quelque chose de dramatique. Les glaces de l’Arctique fondent à une vitesse incroyable avec les conséquences derrières cela : disparition d’espèces animales et végétales, nouvelles voies navigables, accès aux richesses de cette région (pétrole, uranium…), conséquences sur les populations locales… L’antarctique semble ressentir des conséquences aussi. Je vois un gros gros risque de tout cela : la modification du système océan (circulation équilibrée eaux chaudes/eaux froides perturbées), ce qui pourrait avoir de lourdes conséquences sur le climat.
La photo est pour moi un moyen de sensibilisation, de faire connaître avant qu’il ne soit trop tard ! La balle est dans notre camp.

Femelles de Manchots empereurs quittant la colonie en hiver

– Merci beaucoup Samuel, à bientôt pour je l’espère de nouvelles aventures dans le grand froid 🙂
Merci de m’avoir donné la parole, à bientôt !

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2 commentaires

2 commentaires pour “Interview Samuel Blanc”

  1. Gersende le 04 Mai 2009 à 9:51

    Très chouette interview, ça donne envie de se lancer!!! 🙂

  2. Samuel le 19 Mai 2010 à 14:26

    Bonjour,
    après cette interview, je vous informe que mon livre relatant cette aventure vient de paraître. Les informations ici.
    A bientôt !
    Samuel

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