Déc 08 2009

Interview de Rémi Masson

Publié par à 7:40 dans Interviews de photographe

– Bonjour Rémi, je suis content d’interviewer un des rares photographes qui prend des photos en apnée. Racontez-nous sommairement votre parcours.
Rémi MassonRémi Masson – Photographe apnéisteBonjour, J’ai commencé la plongée en apnée au fond du lac d’Annecy lorsque j’avais une dizaine d’années. Ce n’est que vers 15 ans que j’ai commencé à prendre des photos avec des appareils photos jetables étanches. J’ai ensuite investi dans un argentique étanche et ai commencé à collaborer avec la revue Carpe magazine. Parallèlement je suis parti à la découverte d’autres milieux en eau douce (lacs de montagne, étangs, gravières, torrents…). En 2007, j’ai intégré l’agence photo suisse ePhotoNature puis Naturimages. J’ai également collaboré avec de plus en plus de magazines : Apnéa, La pêche de la truite, La pêche des carnassiers, Le canard du pêcheur… Et en 2008, suite à la publication d’un portfolio dans la revue Photofan, je présentais ma première exposition lors du festival Nature d’Ariège.

– Un beau parcours. Comment êtes vous parvenu à améliorer votre technique? Êtes-vous autodidacte ou glanez-vous des conseils auprès d’autres photographes?
Merci! En réalité, je ne suis pas très bon techniquement. Je suis plutôt spontané dans mes photos. Comme je suis plongeur par passion, je suis vraiment autodidacte, d’autant que je ne fréquente pas tellement les forums photos et plus les festivals car je préfère parler de ce que je photographie plutôt que du matériel. Mais bon, il m’arrive quand même de lire les revues spécialisées. Je dirais que j’ai surtout progressé dans la connaissance des espèces que je photographie, car même après plusieurs années à les côtoyer j’en apprends encore chaque jour. Je pense que c’est surtout cela qui me permet de faire de meilleures images.
Banc de vaironsBanc de Vairons dans un lac de montagneBrâmeBrame dans un lac alpinDeux carpes2 carpes au lac du bourgetReflets nénupharsReflets de nénuphars dans un étang
– En dehors du fait d’être passionné de l’apnée, pourquoi ne pas tenter la plongée et photographier en bouteille? Quels sont les inconvénients et les avantages de cette technique sous l’eau?
En fait je ne suis pas passionné par l’apnée, c’est pire, c’est mon approche exclusive. J’ai déjà essayé la plongée avec bouteille, mais je n’ai pas accroché. J’ai besoin de faire corps avec le milieu et d’avoir une liberté totale de mouvements. Si je veux plonger à 20 mètres, je veux pouvoir le faire et ensuite remonter directement à la surface sans avoir à regarder ma montre pour savoir combien de temps je vais devoir rester en palier. De plus la plongée avec bouteille impose un minimum de planification pour préparer le matériel, ce qui est trop contraignant pour moi. J’ajouterais aussi que l’encombrement du matériel impose de plonger dans des endroits assez facilement accessibles.TritonTriton dans un lac de montagneOr je veux pouvoir plonger aussi bien dans des torrents que des lacs isolés à plus de 2500 mètres d’altitude, sans pour autant devoir réserver un hélicoptère… Pour conclure, les poissons sont généralement effrayés par les bulles émises par les plongeurs avec bouteilles. Le seul inconvénient véritable, c’est que je n’ai pas accès aux zones très profondes des lacs (au delà de 30 mètres) et donc ne peux pas photographier certaines espèces comme la lotte ou l’omble chevalier. Pour le reste, quelques minutes sont suffisantes pour faire les prises de vue.

– Je pense que mes lecteurs seraient friands de petites anecdotes lors de ces approches. Avez-vous en tête quelques moments inoubliables de par le fait d’une difficulté particulière, d’une peur, d’une joie intense?
Assez récemment, je photographiais des ombles de fontaines dans un petit lac aux eaux cristallines perdu dans les montagnes de Savoie, quand mon regard a été attiré par une souche qui flottait et qui avait un aspect étrange. Je me suis approché pour en faire quelques photos et ce n’est que lorsque je me suis trouvé juste à côté que j’ai compris que ce que je prenais pour une souche était en réalité un mouton mort tout gonflé par les gaz dégagés par sa décomposition avancée. Le pire c’est qu’on était au mois de Juillet et que celui-ci avait dû se noyer en hiver comme le laissaient penser les touffes de laines déposées jusque très haut sur la berge. Heureusement, l’eau était froide… Pour le reste, je n’ai pas connu de véritables angoisses, les espèces d’eau douce étant relativement pacifiques. Je me rappelle surtout ces hordes de mâles crapauds qui me montaient partout sur la tête lors d’une plongée au printemps (période de reproduction pour les crapauds), de ce sandre (espèce pourtant très placide habituellement) qui avait attaqué mon caisson, lui laissant au passage une grosse rayure occasionnée par ses « canines » saillantes et enfin de ce silure de 2m30 rencontré dans un lac de Provence que je suivais en palmant doucement lorsqu’il a brusquement fait volte face pour se retrouver face à moi… me causant une brusque monté d’adrénaline.
SandreSandreCouple de crapaudsCouple de crapauds dans un étangSilureSilure dans un lac de provence
– Passionnant! Et quel est votre rapport avec l’eau salé?
Il m’arrive aussi de plonger en mer. C’est l’occasion de faire d’autres photos et de changer un peu. Mais tôt ou tard l’ambiance des eaux douces me manque. J’aime les eaux souvent troubles. D’une part parce que cela permet d’apprécier davantage lorsque l’eau est un peu plus claire, mais surtout parce que la turbidité de l’eau enveloppe chaque chose d’un voile de mystère. C’est ce côté un peu intimiste qui réveille en moi des instincts d’aventurier et me pousse à continuer de plonger car on n’a jamais l’impression de connaitre parfaitement un endroit.

– Où peut-on voir vos photos si ce n’est sur votre site internet? Avez-vous des expos prévues, des publications dans des magazines ou livre? Quels sont vos projets de fin d’année et pour l’année 2010?
Mes photos seront exposées à la médiathèque Louise Michel de Meythet (Haute-Savoie) du 14 Décembre 2009 au 04 Janvier 2010. Je serai également présent au Festival Natur’images les 10 et 11 Avril à Tignécourt dans les Vosges, avant d’exposer à nouveau à Annecy au mois de Juillet 2010. J’ai plusieurs autres projets d’exposition, mais comme ils ne m’ont pas encore été confirmés, je préfère ne pas en parler pour l’instant. Du côté des magazines, plusieurs publications sont prévus, notamment avec les magazines Subaqua, Apnéa et Aquamonde, mais le projet le plus marquant est un nouveau magazine qui paraitra en Mars et dont je me chargerai d’une rubrique subaquatique. Ce nouveau magazine sera très différent de ce qui a déjà été fait et ce projet  me tient particulièrement à cœur.

– J’espère qu’on pourra en reparler au printemps prochain alors. Merci de nous avoir fait découvrir un peu le monde aquatique des lacs, je vous laisse comme à mon habitude les mots de la fin 🙂
Merci surtout à vous de m’avoir permis de partager un peu de ma passion pour le monde magique et mystérieux des eaux douces. Je donne rendez-vous aux lecteurs de photoscope intéressés par l’univers subaquatique sur une de mes expositions ou lors du festival Natur’images.
Forêt de nénuphars

Avez-vous apprécié cet article?

Un commentaire

Un commentaire pour “Interview de Rémi Masson”

  1. Annecy le 24 Jan 2010 à 19:29

    Bonjour,
    À Annecy, quels sont les meilleurs coins pour faire de jolis clichés sous-marins ?
    Cordialement,

Ecrire un Commentaire