mar 13 2008

Christian König, photographe naturaliste

Publié par vincent à 15:52 dans Interviews de photographe

Chauve souris- Bonjour Christian, pouvez-vous « rapidement » nous décrire votre parcours ?
J’ai eu mon premier appareil photo à l’âge de huit ans, c’était un Instamatic Kodak 25, plus un jouet qu’un véritable appareil, c’est à ce moment, je crois, que j’ai attrapé le virus de la photo. Il faut dire que mon père aimait la photographie, et bien avant moi. J’héritais de ses appareils lorsqu’il en changeait, et je suis parti à vingt ans avec son Rolleiflex bi-objectif en Amérique Latine pour 7 mois. C’est à ce moment que j’ai compris les bases essentielles à la photographie, à cette époque tout se faisait avec une cellule à main. Cet appareil n’a pas supporté les rudes conditions d’un voyage « sac à dos », sur place j’ai dû le changer contre un Nikkormat FTN, mon premier réflex. Je ne l’ai eu pendant qu’un mois, il me fut volé à un arrêt de bus. Je ne pouvais voyager sans prendre des images, véritables témoignages d’un temps à jamais révolu maintenant, mon second réflex fut un Nikon F2 AS acheté d’occasion sur un marché et très probablement volé à un touriste. Avec cet appareil, j’ai eu entre les mains un petit bijou de mécanique, de précision. Depuis cette époque je n’ai plus utilisé que des boîtiers professionnels de cher Nikon : F3, F4S, F5, puis est venue l’ère du numérique, j’ai franchi le pas à la sortie du D2X.

Coccinelles1987 fut l’année de mon mariage avec Claire, ma femme, qui était biologiste. J’ai découvert avec elle les subtilités et interactions de, et dans la nature, trois ans plus tard j’entrais à l’université de Lausanne en Zoologie, comme « technicien-homme à tout faire ». C’est là que j’ai intégré la photographie dans mon métier, les scientifiques, les chercheurs, n’ont pas le temps pour faire de belles photos de leurs sujets d’étude, c’est ce que je leur ai proposé de faire et depuis je continue à collaborer avec eux. J’ai vendu des reportages sur leurs sujets d’étude, ce qui m’a décidé à passer professionnel en 1997. En 2000 j’ai quitté la Suisse pour m’installer en Vendée et me vouer uniquement à la photographie de nature.
- Comment qualifieriez-vous votre rapport avec la nature et les animaux ?
Les animaux sont pour moi, photographe nature, des sujets photographiques comme pourraient l’être des bâtiments pour un photographe d’architecture. Avant tout photographe, j’ai un rapport très intense avec mes sujets à la prise de vue, même s’ils ne s’en rendent pas compte. A mon sens l’investissement personnel doit être important, pour faire des photos originales. J’ai toujours privilégié mon sujet par rapport à la photo que je voulais faire de lui, c’est-à-dire que je préfère renoncer à une photo plutôt que mettre mon sujet en danger par ma présence. Mon travail, je le fais en tant que témoin privilégié, il faut que par mes images je puisse toucher le public, et si ce dernier prend conscience de la beauté de la nature, je suis convaincu qu’il voudra la préserver.

- Quelles qualités sont nécessaires pour être un bon photographe naturaliste ?
Il faut avoir une excellente connaissance de ses sujets, des lieux dans lesquels ils évoluent. La patience est l’arme absolue, un ami professionnel Suisse : Eric Dragesco, me disait qu’il était heureux des heures perdues dans le froid et la neige sans rien photographier, c’était ces heures là qui le rapprochaient du moment de l’action, du moment ou il se passerai quelque chose.

- Quels conseils donneriez-vous à un débutant ?
Anglais, informatique, carnet d’adresses bien rempli, correspondance commerciale et des bonnes notions de vente sont les meilleurs atouts pour tenir à long terme dans ce métier.

Golf de Botnie- Un ou deux faits marquant sur un reportage photo ?
Quand je sais à la prise de vue que je viens de faire une image de « haut vol » l’image autour de laquelle se structurera tout le reportage, c’est une chose qu’on sent, elle n’est pas toujours là malheureusement, j’essaye cependant toujours d’aller la chercher, d’aller au devant d’elle.

- Quelle photographie rêveriez-vous de faire ?
Une photo d’un sujet commun, traitée de manière hors du commun : je pense que c’est à travers les sujets familiers, connus par le public qu’il me faut travailler, je voudrais avoir l’originalité nécessaire pour surprendre le spectateur, le forcer à réagir, en cela la photographie est un levier fantastique. Dernièrement lors d’une projection privée pour une trentaine de personnes, (projection qui montrait les meilleures photographies prises par 5 photographes professionnels européens présents sur un même site en même temps) à la vue d’une de mes images, toute l’assistance a applaudi, je voudrais faire plus souvent de telles images.

- Vous proposez des stages de prise de vue. Parlez-nous en un peu plus …
On m’avait demandé en 2003 d’organiser un stage de photo pour quelques passionnés d’un photo-club. Pour eux j’ai travaillé une dizaine de jours à mettre au point ce que j’allais leur raconter. Il s’agissait pour moi d’approcher la photographie à travers le regard du spectateur, trouver les mots de monsieur tout-le-monde qui permettraient au photographe de s’améliorer, de comprendre le regard, les attentes de l’autre, sans concessions aucunes. Je l’ai très peu remanié depuis, ce n’est pas un stage technique ou l’on va apprendre à se servir d’un logiciel, ou à mieux connaître son boîtier. C’est un stage où la photographie peut remplacer le langage. Pour moi la photo est avant tout un moyen d’expression, pendant le stage je pose les bases grammaticales, et on travaille dessus.

Beaucoup de critique d’images pour moi, et aussi beaucoup d’enrichissement personnel pour tous.

Linhum- Avez-vous fais des publications (magazines, livres…) ?
Oui, j’ai des publications dont je suis très fier : un reportage dans VSD, la couverture de Chasseur d’Images avec des coccinelles qui se font face, et des photos publiées dans les plus grandes revues scientifiques comme Nature, Science et d’autres. J’ai réalisé l’entier des photos d’un livre sur les musaraignes des alpes, et je collabore régulièrement avec la Salamandre, une revue sur la nature publiée en Suisse qui gagne à être connue, j’ai été publié en Israël, en Finlande à New-York, en Slovaquie, au Danemark, en Suisse et bien sûr en France, quelques-unes de mes images ont eu une diffusion mondiale.

- Quelques sites photo que vous jugez dignes d’intérêt ?

Je ne voudrai pas citer les incontournables de la photo animalière en France, tout le monde les connaît. J’ai la chance de connaître deux photographes d’exception, le premier : Ghislain Simard est spécialiste de la photo de papillons en vol, l’originalité de son travail m’enchante, c’est un maître en son domaine (http://www.simpho.com) Le second c’est un photographe Suisse, André Maurer, très peu connu, toujours en argentique, il a atteint un niveau de perfection dans la construction de ses images qui en fait à mes yeux un des meilleurs spécialistes de macro-nature en Europe à l’heure actuelle (http://www.andremaurer.com)

Son site internet : http://www.konig-photo.com

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