juil 25 2008
Interview de Nicolas Genette
- Bonjour Nicolas, pouvez-vous décrire rapidement votre parcours ?
Bonjour, et merci de m’accorder un peu de votre espace.
Je suis issu d’une formation scientifique, mais j’ai depuis tout petit ressenti le besoin de créer. En parallèle de mes études, je me suis donc mis à l’informatique, attiré par l’image de synthèse et la souplesse de ces outils. J’ai arrêté un deug en biologie quand on est venu me chercher pour travailler dans la 3D, et j’ai continué mon chemin là dedans, pour finalement m’associer afin de monter un studio de création graphique pour l’architecture et l’urbanisme, ce qui me nourrit et me passionne encore aujourd’hui.
Mais c’est aussi la professionnalisation de cette passion qui m’a amené à la photographie, de nouveau ce besoin de créer sans contrainte, librement, et aussi avec des outils beaucoup plus simples et une approche du sujet complètement différente, beaucoup plus instinctive, moins technique.
- Qu’est-ce qui a motivé votre choix de vous orienter vers la photographie de la nature et parfois abstraite ?
Depuis tout petit, j’ai toujours été extrêmement observateur, curieux, et tenté de comprendre ce qui m’entourait. Et ce qui m’entourait, c’était et c’est encore principalement la nature et la mer. J’ai toujours été très sensible au graphisme pur, à l’élégance de certaines courbes, à la présence de certaines lumières. Beaucoup plus qu’à des sujets particuliers, je dirais même que le sujet, je préfère qu’on l’oubli, c’est plutôt un support pour exprimer un ressenti, une émotion. Paradoxalement, la physique m’a également beaucoup ouvert les yeux sur le coté abstrait du monde. Plus on se rapproche de la vérité, plus on s’éloigne de la réalité. La science n’est qu’une partition, une suite de concepts essayant de formaliser la poésie du monde, et elle arrive à un point où science et philosophie ne sont plus qu’un. La photographie me permet ainsi de sortir ces petits morceaux de ma perception intérieure, bien plus présente et riche que la vie réelle, pourtant bien riche et agitée aussi. Je n’ai donc pas chercher à m’orienter vers un type de photographie en particulier, j’ai simplement laissé faire les choses. Quand quelque chose m’inspire, m’interroge, j’y vais …
- A travers vos clichés et vos récits, on devine quelqu’un de très sensible et poétique. En quelques adjectifs, comment qualifieriez vous votre travail ?
Aie, grillé ! Je suis effectivement extrêmement sensible, sans doute trop. Inversement, c’est cette sensibilité exacerbée qui me permet d’avancer et de créer, et même de voir et de comprendre, donc je le vie plutôt bien ! Mais je suis aussi très pudique, ce qui revient à tenir une braise bien rouge dans ses mains ! Faut juste apprendre à jongler avec sans se brûler …
A la base de toute prise de vue, ce qui m’attire, c’est l’équilibre et l’esthétisme. Ensuite, certaines se veulent plus graphiques, d’autres un peu plus conceptuelles, et certaines peu être philosophiques. Poétiques je ne sais pas, mais c’est une notion qui me plait bien
- Pouvez-vous choisir une collection qui vous tient particulièrement à coeur et commenter quelques photos ?
Compliqué ! Beaucoup me tiennent à coeur, sinon je ne les publierai pas d’ailleurs.
Prenons la collection Divergence, qui est peu être la plus controversée. Certains n’y voient rien, alors que d’autres adorent et peuvent rester des heures devant (j’exagère un peu …). Ce que j’aime beaucoup dans cette série, qui est pourtant l’une des plus compliquée en prise de vue, c’est qu’il n’y a rien ! C’est de la lumière à l’état pur, ce qui donne un environnement totalement onirique. Car ce rien, c’est ce qui va permettre de créer le tout ! Comme si je donnais à ceux qui la regarde des clés vers d’autres mondes, d’autres réalités, mais sans toutefois leur indiquer les portes ! Et le plus beau, c’est justement quand ils me racontent par où ils passent !
La série Fovéa est plus conceptuelle. Par exemple, avec « disparité culturelle », j’ai voulu illustrer la différence. Deux prises de vue de la même scène, du même endroit. Juste pour montrer que ce n’est pas parce qu’on regarde la même chose, qu’on voit la même chose. La réalité n’a rien d’absolue, elle est même très relative, à se demander si elle existe ! « Pensar puede matar », ça c’est un cri de ras le bol contre cette société qui forme des moutons, des gens qui ne réfléchissent plus, qui n’ont plus de recul, qui font bêtement ce que le « prêt à penser » leur montre … Pour finir, « le passage » et « l’autre passage » illustrent deux chemins différents qu’on peu prendre dans sa vie, mais je ne vais pas développer maintenant …
- Quel matériel photographique utilisez-vous ? Avez-vous éventuellement quelques conseils à donner sur le plan technique ?
J’ai enfin remisé mon 300D pour racheter en début d’année un 1DsII d’occasion, car j’était trop limité en terme de taille et de qualité de tirage, sans parler du boîtier lui même. Ensuite vient la panoplie des optiques L, trépieds, studio avec flashes, diffuseurs etc etc.
Le seul conseil technique que j’aurai à donner, c’est d’oublier la technique ! Il ne faut pas oublier que la technique ne crée rien, c’est uniquement un outil. Il faut choisir son matériel et travailler la technique en fonction de ses besoins, puis l’apprivoiser, la connaître parfaitement, précisément, pour l’oublier complètement et s’en libérer. C’est uniquement après ça qu’on est réellement libre de créer. Il est d’ailleurs malheureux de voir que sur 95% des sites de photos, tout tourne autour du matériel ou des logiciels, on ne parle que très rarement de photos … Beaucoup se contente d’utiliser un outil, au lieu de simplement ouvrir les yeux.
- Avez-vous des projets pour la fin de l’année et les années à venir ?
Oui bien sur, plein ! Suivant les périodes et les humeurs, chaque collection va évoluer. Ce ne sont pas les idées ni les envies qui manquent. Et comme je suis bourré de questions sur la vie, sur l’existence, sur le monde, j’ai pas fini d’essayer d’y répondre … L’une des rares choses dont je suis sûr : c’est vraiment la photographie artistique, la création pure et sans contrainte, à l’instinct mais réfléchie (!!) qui m’attire. Mon but maintenant est aussi d’exposer, et de trouver un agent qui me permette d’avancer dans cette démarche. Et c’est déjà pas mal de savoir où on veux aller …
- Quels sites fréquentez-vous régulièrement ? Avez-vous quelques adresses de photographes à nous faire partager ?
J’en aurai pas mal en effet, mais j’aurais trop peur d’en oublier et ceux là seraient capables de m’en vouloir !!
- Merci Nicolas, au plaisir d’avoir prochainement de vos nouvelles
Merci à vous, et à bientôt !

- Visitez le site de Nicolas Genette : www.nicolasgenette.com
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