Interview de Jean Charles Rey

11 novembre 2010 0 Par vincent

Photo de Jean Charles Rey– Bonjour Jean Charles, d’où vous vient votre passion pour la photo?
Une enfance faite de voyage, des expatriations régulières et délicieuse ou la poésie de l’imaginaire était constante. Puis des études sans vocation, plutôt médiocre! Puis vint l’adolescence, terreau fertile en révolte, de mutation constante.
Une insatiable curiosité, une inépuisable envie de découverte du monde qui nous entoure…besoin de préparer mon sac , de parcourir les routes sinueuses, les sentiers de chèvre, de m’imprégner des hommes, de leurs cultures, des villes, des villages enracinés dans la terre. La photographie était un bon prétexte, juste un prétexte.
Et enfin la « révélation », le hasard absolue. L’Unesco qui me recommande au siège de l’UNICEF. 10 jours après, j’étais en Afrique pour ma première mission. Vaccination, mariage précoce, SIDA. Un voyage dans le voyage, une expérience bouleversante qui transforma définitivement le cour de ma petite existence. Un mélange de révolte et d’engagement.

– Qu’aimez vous le plus photographier?
Les enfants! Le devenir de l’humanité, une forme d’éternité! Ce grand voyage que beaucoup d’entre nous ont oublié! Mais depuis l’arrivée de mes filles les choses se sont un peu compliquées puisque je devais impérativement être d’avantage à leurs côtés, ne plus passer 11/12 mois à l’étranger mais plutôt l’inverse. Donc … Di VER SI FI CA TION… Et la, ce n’était pas gagné!
Mais notre métier est extrêmement enrichissant et nos ressources, notre curiosité sont mis à l’épreuve très régulièrement.
Pack-shot, pub, mode, des reportages de mariage depuis peu avec une approche naturelle et spontanée. Un style dans cette branche particulière que je ne connaissais pas et que j’ai découvert grâce a la WPJA(association dont je suis membre depuis avril 2010).

– Vos clichés de voyage sont remarquables. Quels conseils donneriez vous à un jeune photographe?
L’essentiel réside sur l’ouverture à l’autre, aux moments fait de joies, de petites et de grandes détresses.
Découvrir, redécouvrir, pourquoi pas dans sa rue, son quartier…tenter d’approcher le photoreportage, le constat, puis raconter en image, construire ses sujets. Pas si simple!
Les sujets internationaux sont bien souvent plus complexes à aborder, coût, communication, disponibilité temps…Pour moi c’était un milieu favorable, un univers tout neuf, intact, un coin sur terre, mais bien éloigné de tout mes repères. Je m’y suis d’ailleurs un peu perdu durant 2 ans 🙂
Le milieu des agences a profondément évolué! A l’époque, je pensais que mes sujets retenus par GAMMA m’assuraient un futur de grand reportage, style toujours entre deux avions. Quenéni! Seuls les travaux de commandes m’ont permis de péniblement survivre.

Pour la faire brève et si c’est bien le journalisme qui intéresse un photographe, qu’il fasse une école de journalisme! On y apprends à chercher, à construire, à assembler un sujet pour finalement en faire un reportage (sous quelque forme que ce soit). Et puis bien sûr, une dose de persévérance, voire d’obstination! Les obstacles sont très nombreux, j’en ai vus de bien meilleurs que moi abandonner!
Benares
– Vous avez beaucoup sillonné le globe. Peut on dire d’une destination qu’elle est photogénique?
Photogénique rime avec Esthétique. Je ne pense pas que la question puisse vraiment se poser de cette façon… en tous cas cela me paraîtrait vraiment réducteur. Pour faire de bonnes photographies, il est essentiel de cerner son sujet, d’approcher, d’essayer de s’immiscer dans son existence, son quotidien… Gandhi aurait parlé d’amour et de compassion. L’essentiel est bien là! Qu’est-ce que la photogénie? Qu’est ce qui est important?
Affûter sa sensibilité grâce à des expériences enrichissantes, et ce, n’importe où. Même si le ciel est gris, les gens tristes(ou pire) ou l’environnement hostile. Tenter d’informer et même de distraire. La photographie n’est qu’un dernier maillon finalement très matériel duquel on ne satisfait jamais!
Pour continuer, pour en vivre, les photographies (qu’il faut parfois défendre) sont finalement un résultat qui tient ou ne tient pas à l’éditing (choix de l’agence et du client).

– Quelle destination vous à particulièrement ému?
Il pleuvait à mon arrivée, c’était la mousson, l’air était chaud, lourd, les odeurs totalement nouvelles. En sortant de l’aéroport le ciel avait viré au noir et brusquement l’orage éclatait. Un orage bien rond, bien chaud, plein de la vie éphémère des grosses gouttes qui s’affalaient bruyamment sur le capot mon taxi. Puis ce fut New-Delhi ou commençais un voyage de 2 ans à travers le sous continent. Plusieurs livres ont été extraits de ce voyage, pour moi initiatique.

-Quels sont vos projets de voyage?
Encore l’Océan Indien 🙂 où je travaille régulièrement pour la COI (comité de l’océan Indien réunissant 5 pays- Seychelles-Comores-France-Madagascar-Maurice). Puis ce sera probablement le Rwanda à la mi 2011.

Merci Jean Charles pour cet entretien enrichissant
Merci Vincent.