nov 05 2008
Interview de Bruno Calendini
Exceptionnellement, à l’occasion de la sortie du livre de Bruno Calendini, le magazine LE MONDE DE LA PHOTO n°10 (actuellement en kiosque) me permet de publier une interview de ce photographe que j’ai contacté en milieu d’année. Bonne lecture
- Bruno, raconte nous un peu ton parcours et tes premiers pas dans l’animalier
Je fais de la photographie depuis plus de 15 ans et j’ai intégré la profession par la publicité. Parallèlement, la vie sauvage m’a toujours fascinée, avec un faible pour l’Afrique. Ce n’est qu’en 1996 que j’ai pu réunir ces 2 passions, en réalisant un reportage pour un Tour Operator qui vendait les destinations Kenya et Tanzanie. Ce voyage fut un choc. A cette époque je vivais à Paris et je travaillais déjà dans la publicité, la presse, la mode, l’évènementiel, la musique, le tourisme, ….. A mon retour d’Afrique, je replongeai donc dans ce quotidien éclectique auquel j’étais très attaché, mais avec la ferme intention de vivre d’autres expériences en photographie animalière dès que j’en aurai l’opportunité.
- Tu as donc eu d’autres opportunités puisque ton livre « SAUVAGES » est l’aboutissement de plusieurs années de travail sur le continent africain. Comment est né ce projet ?
Ce projet a vu le jour au Botswana, dans le Delta de L’Okavango, où un magazine m’avait missionné pour tester la viabilité d’un reportage tout numérique, en brousse et sans électricité. Dans le même temps, je disposais de 18 jours de prises de vues pour démontrer l’efficacité des derniers capteurs numériques et pour réaliser une trentaine d’images représentatives, dans le but de les exposer en grand format au Festival de Montier en Der. L’enthousiasme du public lors de cette exposition fut au delà de mes espérances. Je pris alors la décision d’approfondir ce travail sur le même concept, mais dans d’autres pays d’Afrique et à Madagascar.
- Alors justement, pourquoi avoir choisi le sépia pour ces photographies?
Au lieu de partir du principe que mon passé professionnel ne me servirait à rien dans la brousse, j’avais au contraire décidé d’en faire un atout en employant des techniques héritées du portrait, de la pub ou de la mode, très peu employées en photographie de nature : jouer le noir et blanc – rarissime en France à l’époque, utiliser toutes les focales disponibles du fish-eye au téléobjectif en passant par la macro, shooter par-dessus, par-dessous, utiliser des télécommande, mélanger gros plans et paysages, rechercher dans mes portraits animaliers les mêmes ingrédients qui fonctionnent avec l’humain, insister sur l’atmosphère d’un face à face avec un fauve, le comique d’un trio d’autruche, suggérer une peinture rupestre sur une course de buffles, jouer le graphisme avec les rayures des zèbres … J’avais déjà souvent eu l’occasion de virer mes photos en sépia pour des portraits ou des images de sports, alors pourquoi pas en animalier ? Après quelques tests, je trouvais que ça fonctionnait vraiment très bien. J’aimais aussi l’idée de réaliser des clichés aux teintes d’autrefois avec du matériel numérique de dernière génération. D’autre part, lors de mon premier reportage dans l’Okavango, je pris conscience de la fragilité de ce sanctuaire sauvage. Le fleuve est menacé par de nombreux projets humains et il est reconnu que toute atteinte à son cycle de crues sonnerait le glas de cet écosystème exceptionnel. Le sépia fut aussi une façon de rappeler que si nous ne préservons pas ces sites uniques, les prochaines générations pourraient ne connaître la faune sauvage qu’a travers des « photos jaunies ».
- Ces tons sépia sont le fruit d’un subtil travail de post-production. Peux-tu nous en dire plus à ce sujet ?
Comme la grande majorité des photographes qui travaillent en numérique, je gère ma post production. Pour cette série, les tons de sépia sont obtenus le plus simplement du monde, en désaturant et en intégrant ensuite du rouge et du jaune par la balance des couleurs. Puis, grâce à la souris et comme on pourrait le faire en chambre noire avec des badines ou des cartons percés, je joue avec le contraste et la densité, pour retenir ou accentuer certaines zones du cliché. Cette partie de la retouche est très intuitive. En général, chaque intervention sur l’image est dépendante de mon humeur du moment et je suis souvent incapable de refaire exactement deux fois la même photo.
- Toutes ces images ont été produites à partir de reflex numériques. Était ce un vrai avantage pour constituer ce bestiaire?
Pour travailler efficacement en animalier, le reflex est irremplaçable. A l’heure où le plein format fait beaucoup parler de lui en offrant des possibilités nouvelles en terme de sensibilités élevées, je considère encore que le capteur format APS-C est une aubaine pour les photographes de nature.
Un zoom 200-400mm f/4 qui se transforme en 300-600mm f/4, voire en 420-840mm f/5.6 avec un convertisseur x1.4, est un outil de rêve pour travailler à distance.
- La technologie numérique a de nombreux atouts mais également quelques défauts pour le photographe qui sort des sentiers battus. Est-ce aisé de travailler avec cet équipement au cœur de territoires isolés et/ou aux climats hostiles ?
Les boîtiers modernes sont bourrés d’électronique, mais les appareils professionnels actuels sont conçus pour résister à des agressions violentes : écarts thermiques, poussière, sable, chocs, humidité, … rien ne leur fait peur et il faut vraiment faire des efforts pour les prendre en défaut. Un des dangers de l’Afrique reste les vibrations, car les longs trajets en 4×4 sur des pistes en « tôle ondulée » sont terriblement agressifs et ils viennent à bout des vis les mieux serrées. Des problèmes peuvent survenir avec les ordinateurs portables qui sont rarement conçus pour supporter des conditions difficiles. Idem pour les périphériques. Il faut donc les protéger en conséquences. Le dernier obstacle à surmonter reste l’énergie. Ceux qui voyagent en lodge ne se poseront pas la question. Pour ceux qui campent, la solution la plus simple consiste à utiliser la batterie de la voiture quand c’est faisable. On peut aussi envisager le solaire, mais il faut un panneau suffisamment puissant doublé d’une batterie accu pour alimenter quotidiennement les différents chargeurs, l’ordinateur portable et quelques petits appareils électroniques.
- Ton inventaire du monde animal est impressionnant mais reste t-il une espèce que tu aimerais photographier en particulier?
Je cherche un caracal depuis mes premiers voyages, mais il est extrêmement rare et je n’ai jamais pu le voir. J’envisage aussi de partir à la rencontre des gorilles et de l’orang-outang à Bornéo, avant qu’il ne soit trop tard. C’est passionnant mais parfois épuisant de pister un animal en particulier. Quand tu cherches un léopard par exemple, tu peux passer des heures à rouler au pas en forêt, en scrutant chaque arbre aux jumelles pour essayer d’entrevoir une queue tachetée. Dans la nature, la chance fait partie intégrante du jeu. Cela me rappelle une anecdote : Au Botswana, nous avons cherché des lycaons pendant tout le reportage sans les voir jusqu’au dernier jour, où nous avons été réveillés par un groupe qui dévorait un impala à 100 mètres des tentes.
- De tous les pays que tu as traversés pour réaliser ces clichés, lequel t’a le plus marqué ?
J’ai beaucoup de souvenir de moments forts dans des lieux que j’ai trouvés magiques. J’aime les paysages accidentés de la vallée du Rift, les grandes plaines du Serengeti, l’Ewaso nyiro river et les palmiers Doum de Samburu, les monumentales montagnes granitiques de la vallée de Tsaranoro, les lacs aux millions de flamands, le cratère du ngorongoro, l’incroyable richesse faunistique de la rivière Chobe, la forêt humide de Ranomafana et survoler le delta de l’Okavango reste un souvenir inoubliable.
- Tes images ont été exposées à de nombreuses reprises dans des festivals, des salons ou des galeries. Partout, les réactions sont unanimes pour saluer un regard différent sur le monde animal. Quel est ton sentiment ?
Je suis peu sur le terrain comparé à la majorité des photographes qui ne font que de l’animalier. Essayer de porter un autre regard est ma seule arme pour compenser et trouver ma place dans ce petit monde. Cela dit, le temps passé dans des univers très variés de la photographie (reportage de rue, sports outdoor, portraits, studio, …) me nourri d’autres choses. Cela m’aide sans aucun doute à conserver cette approche particulière de la photo animalière qui d’après certains, et c’est le plus beau compliment que l’on puisse me faire, est devenue une signature.
- Le meilleur de tes images en sépia est désormais rassemblé dans le livre « Sauvage ». Comment as-tu construit ce recueil et que retires tu de cette aventure éditoriale?
Une grande satisfaction. Immédiatement après Montier en Der, il y a déjà plusieurs années, un éditeur m’a proposé de faire un livre. Mais je considérais que je n’avais pas la matière pour ça. Je devais envisager d’autres voyages pour donner plus de force et de richesse à ma collection d’images. Alors je suis reparti à travers d’autres pays où j’ai mené ma quête à la recherche de nouveaux angles, sujets et situations, parfois aidé par des copains, français ou africains, qui sont depuis devenus des amis. Grâce au soutient technique du laboratoire Rainbow color, j’ai pu tirer le meilleurs de mes images et j’ai continué à exposer. Puis est venue la confiance, ciment de cette aventure, que m’ont accordée ensemble les éditions Cacimbo et Le Monde de la photo, la rencontre avec Christine Pichery, maquettiste de talent, qui s’est approprié l’ensemble de ma sélection et l’a harmonisé avec beaucoup d’élégance, le savoir faire de l’imprimerie Escourbiac qui m’a accueilli jour et nuit pour que nous travaillions de concert sur chaque cahier. Cette accumulation de passion, de talent, d’aventure humaine et d’énergie est désormais condensée dans 160 pages de beau papier sous une belle couverture vernie, et je mesure la chance que j’ai eu d’être aussi bien entouré. Merci à tous.
- Un livre est souvent un aboutissement pour un photographe. Dois t-on en déduire que tu travailles à de nouveaux projets?
J’ai toujours aimé le sépia. En argentique déjà, je passais des heures au labo à faire des blanchiments et des bains au sulfure dans des odeurs d’œuf pourri, pour virer mes photographies. Je continuerai donc avec plus ou moins d’assiduité, suivant les opportunités et les envies. J’ai parfois entendu dire que mes images fonctionnaient surtout grâce à ce traitement sépia. C’est en partie vrai mais un peu réducteur. A partir de cette remarque, peu à peu, une idée a fait son chemin : tenter de faire aussi bien, voire mieux, mais en couleur ! J’ai commencé à y travailler et les résultats obtenus sont plutôt encourageants. Alors peut-être une nouvelle voie, en tous cas c’est un défi particulièrement motivant, et une bonne raison de retourner confronter mes objectifs à la vie sauvage.

- Retrouvez le site officiel de Bruno Calendini : www.vision-sauvage.com
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j’adore les clichés animalier,tres joli bravo!!
Je viens d’acheter ce livre : un travail fantastique, décalé, un regard fascinant sur les animaux, un véritable voyage de 160 pages. Exceptionnel !!!